Today is February 20, 2024 / /

The Torah Learning Library of Yeshivat Chovevei Torah

La bonté et la foi

Vayeishev 5784—French

by Rabbi Ezra Seligsohn (Posted on December 27, 2023)
Topics: French, Sefer Breishit, Torah, Vayechi

Print Friendly, PDF & Email

https://pixabay.com/photos/sunset-men-silhouettes-helping-1807524/

Traduit par Rabbi Émile Ackermann

To read this post in English, click here

To read this post in Spanish, click here

Lorsque nous pensons aux différents types de bonté dans notre monde, ce sont peut-être d’abord les petites choses qui nous viennent à l’esprit : tenir une porte ouverte pour la personne suivante, donner quelques pièces ou billets pour la Tzedakah, regarder quelqu’un yeux dans les yeux et exprimer un sincère “merci”. Ou peut-être que nous pensons à des tâches plus exigeantes : apporter de la nourriture à une personne confinée chez elle, rendre visite à un voisin malade à l’hôpital, collecter de l’argent pour une cause importante. Peut-être en arrivons-nous à ce que l’on appelle la bonté ultime : l’acte d’enterrement. Répondre aux besoins des défunts, se présenter et les accompagner jusqu’à leur dernière demeure : ces tâches sont décrites dans notre communauté comme un H’esed shel emet – une véritable bonté.

Cette expression, H’esed shel emet, est en fait tirée de la portion de la Torah de cette semaine, Vayeh’i, lorsque Ya’akov demande initialement à Yossef de ne pas l’enterrer en Égypte, mais plutôt de le ramener en Eretz Cana’an où il reposera aux côtés de ses ancêtres. Il combine ces deux mots, H’esed et emet (Genèse 47) :

(כט)וַיִּקְרְבוּ יְמֵי יִשְׂרָאֵל לָמוּת וַיִּקְרָא לִבְנוֹ לְיוֹסֵף וַיֹּאמֶר לוֹ אִם נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ שִׂים נָא יָדְךָ תַּחַת יְרֵכִי וְעָשִׂיתָ עִמָּדִי חֶסֶד וֶאֱמֶת אַל נָא תִקְבְּרֵנִי בְּמִצְרָיִם.

(ל) וְשָׁכַבְתִּי עִם אֲבֹתַי וּנְשָׂאתַנִי מִמִּצְרַיִם וּקְבַרְתַּנִי בִּקְבֻרָתָם וַיֹּאמַר אָנֹכִי אֶעֱשֶׂה כִדְבָרֶךָ.

Il appela son fils, Yossef, et lui dit : “Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, mets ta main sous ma cuisse et traite-moi avec bonté. Je t’en prie, ne m’enterre pas en Égypte. Quand je serai couché avec mes pères, tu m’emporteras d’Égypte et tu m’enterreras dans leur tombeau. Il répondit : “Je ferai ce que tu as dit.”

Le commentateur médiéval Rachi reprend le langage et explique :

חסד שעושין עם המתים הוא חסד של אמת, שאינו מצפה לתשלום גמול.

La bonté que l’on fait pour les morts est une vraie bonté, car on n’attend rien en retour.

À première vue, l’explication de Rachi offre une vision inspirante de la grande bonté qu’est l’enterrement, qui représente le fait d’être présent pour le défunt. En tant que communauté, nous nous montrons présents pour les membres de notre famille, de notre communauté et du Am Yisrael lors des funérailles, des enterrements et des shivas – et c’est vraiment un acte magnifique et altruiste. Il n’y a aucune attente en retour.

Et pourtant, les commentaires de Rachi impliquent une compréhension quelque peu plate et utilitaire de la plupart des actes de gentillesse – “fais ça pour moi et je te fais ça pour toi”. Si je suis gentil avec toi aujourd’hui, peut-être que tu me rendras la pareille demain. Ya’akov, sachant que le monde est ainsi fait, renforce sa grande demande par un langage simple – une vraie bonté, un acte de bonté qui transcende la possibilité d’un remboursement, une bonté qui rompt avec le schéma habituel du don et de la réception.

Le Rav Shmuel David Luzatto (érudit italien du 19e siècle connu sous le nom de שד״ל – “Shadal”) propose une autre possibilité, qui nous permet de considérer les actes de bonté du quotidien comme altruistes :

חסד ואמת – מעשה של אהבה ושל אמונה, והאמונה היא שתשמור לי חסדך גם אחרי מותי.

Bonté et vérité : un acte d’amour et de foi. Et la foi, c’est que tu dois garder ta gentillesse pour moi, même après ma mort.

Le Shadal suggère que la “vérité” ici n’est pas une description qualitative de la bonté, mais plutôt la reconnaissance de la foi requise lorsque Ya’akov fait cette demande à Yossef. Cette foi est nécessaire, car Ya’akov ne saura jamais si sa demande sera exaucée. Emet implique ici un type d’intégrité, d’engagement, d’accomplir ce que l’on s’est promis de faire.

Cette idée résonne avec la bravoure requise pour chaque acte de gentillesse. Chaque fois que nous sommes bons envers quelqu’un et que nous nous permettons de recevoir des autres, il s’agit d’un acte profond d’engagement et de foi, de confiance (plutôt que de vérité !).

Et pourtant, la vérité est que ce n’est pas la première fois que Ya’akov utilise cette phrase. Dans la Parashat Vayishlach, dans les heures qui précèdent la rencontre avec son frère Esav, Ya’akov fait cette prière (Genèse 32) : קָטֹנְתִּי מִכֹּל הַחֲסָדִים וּמִכָּל הָאֱמֶת אֲשֶׁר עָשִׂיתָ אֶת עַבְדֶּךָ…

Je suis trop petit pour toute la bonté et toute la vérité fidélité que tu as faites pour ton serviteur.

Ya’akov reconnaît que tout le bien qu’il a reçu de Dieu était essentiellement un acte de confiance. Un suivi fidèle des premiers engagements de Dieu envers Ya’akov – qu’il est digne de porter les responsabilités et de recevoir les bénédictions de ses ancêtres. Et lorsque Ya’akov demande à Yossef de le traiter avec une gentillesse confiante, il demande à Yossef d’être semblable à Dieu, d’agir avec intégrité et engagement après sa mort.

Le choix des mots de Ya’akov nous rappelle que l’acte de se montrer et d’être aimable, à la fois pour les morts et les vivants, est un comportement audacieux et divin. Il exige de la part de celui qui donne et de celui qui reçoit croyance et confiance : ce sont les fondements d’une relation honnête.

En ces jours sombres, alors que nous sommes entourés par la mort et la destruction de tant d’êtres chers, de voisins d’amis, d’amis de voisins, et des peuples de notre terre sainte