Today is April 15, 2024 / /

The Torah Learning Library of Yeshivat Chovevei Torah

Le sanctuaire de Shabbat

by Rabbi Daniel Levitt (Posted on March 6, 2024)
Topics: French, Sefer Shemot, Torah, Vayakhel

Print Friendly, PDF & Email

https://pixabay.com/photos/challah-shabbat-challah-board-1235620/

Traduit par Rabbi Émile Ackermann

To read this post in English, click here

Parashat Vayakhel s’ouvre sur une déclaration apparemment paradoxale. Après avoir exhorté les Israélites à construire le Michkan (Tabernacle), Dieu demande à Moïse de souligner l’importance de s’abstenir de travailler le Chabbat. Le Malbim, un éminent commentateur de la Torah, demande comment la Torah peut déclarer “Voici les choses que le Seigneur vous a ordonné de FAIRE”, alors que le commandement est en réalité de ne faire aucun travail.

Construire le Michkan pourrait sembler plus urgent, une expression concrète de piété. Mais cette juxtaposition met en lumière la signification profonde du Chabbat. Le Chabbat transcende le quotidien, offrant un sanctuaire dans le temps.C’est un refuge contre la poursuite incessante du “plus”. Il nous rappelle que le véritable sens ne réside pas dans le gain matériel, mais dans le moment présent.

Comme l’enseigne le rabbin Abraham Joshua Heschel, le shabbat n’est pas une question d’oisiveté, mais de construction d’un sanctuaire dans le temps plutôt que dans l’espace. Il s’agit de s’éloigner pour se reconnecter à quelque chose de plus grand que nous. Dans cet acte de “non-faire”, nous créons du temps et un espace figuratif pour réfléchir, apprécier et avoir une perspective sans cesse renouvelée.

La pression constante pour être productif peut donner l’impression que le repos est un luxe. Pourtant, négliger le shabbat diminue notre bien-être. À l’instar d’un artiste qui fait une pause pour rafraîchir sa vision, nous avons nous aussi besoin de prendre du recul et de nous recalibrer. Le shabbat offre cet espace sacré qui nous permet de retourner à nos activités avec une nouvelle clarté.

Le langage apparemment contradictoire  de “ne rien faire” pendant le shabbat souligne le pouvoir de transformation du repos. Il nous rappelle que notre travail n’est pas une fin en soi, mais un moyen de créer de l’espace pour des expériences qui enrichissent véritablement notre vie. Tout comme nous nous préparons pour le Chabbat afin d’en assurer la sainteté, toutes nos actions, y compris notre travail, doivent être préparées avec soin et en fin de compte contribuer à une vie pleine de sens et d’objectifs.

Cette leçon est reprise dans Pirkei Avot (4:16) : “Ce monde est une antichambre du monde à venir. Prépare-toi dans l’antichambre afin de pouvoir entrer dans la salle de banquet”. Tout comme une grande salle exige un moment d’entrée sereine, il en va de même pour nos vies. La poursuite incessante des tâches quotidiennes peut nous laisser mal équipés pour réfléchir à la vision d’ensemble de notre vie.