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L’élévation de la sainteté

by Jason Goldstein (Posted on June 13, 2024)
Topics: French, Naso, Sefer Bamidbar, Torah

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Traduit par Rabbi Émile Ackermann

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La description que fait la Torah du nazir est paradoxale.  D’une part, une personne qui fait vœu de nazirout, et à qui il est donc interdit de boire du vin, de se couper les cheveux ou d’entrer en contact avec un cadavre, est « sainte pour Hachem » pendant toute la durée de la séparation (Bemidbar 6:8). D’autre part, à l’issue de ce service sacré, il est contraint d’offrir un korban ‘hatat – une offrande de faute, comme s’il avait fait quelque chose de mal. Pourquoi un nazir doit-il offrir un sacrifice pour le péché lorsqu’il revient à la vie normale ? Cette question préoccupe nos commentateurs depuis l’époque de la Guemara.

Nombre d’entre eux expliquent que si la halacha établit des règles de vie spécifiques en limitant certaines actions, c’est une faute d’ajouter à ces restrictions. On attend de nous que nous fassions partie du monde, et non que nous en soyons séparés. R. Eliezer HaKapar explique que l’obligation d’apporter un korban ‘hatat lorsque l’on interrompt sa nazirout en entrant accidentellement en contact avec un cadavre a pour but de se racheter d’avoir choisi de devenir nazir en premier lieu. Le nazir a péché en se causant une souffrance excessive en s’abstenant de boire du vin (Taanit 11a).  En adoptant une vie ascétique, il s’éloigne des plaisirs légitimes de ce monde. La clé d’une vie pleine de sens n’est pas le retrait, mais la modération. Cet argument est présenté avec éloquence par le Rambam : « La voie droite est la disposition médiane que l’on trouve dans chaque tendance de toutes les tendances humaines ». Par conséquent, celui qui s’abstient de consommer de la viande ou du vin, de se marier ou de vivre dans des logements respectables suit une « mauvaise voie » et « celui qui suit cette voie est appelé pécheur, comme on le dit d’un Nazir ». (Mishneh Torah, Hilchot De’ot 3:1,4)

Cependant, malgré la solidité morale de cette approche, le texte lui-même semble démentir cette position. La racine ק.ד.ש (saint) apparaît pas moins de trois fois dans ce passage en relation avec le nazir. L’ensemble du chapitre semble faire l’éloge du vœu du nazir. Pourquoi alors doit-il offrir le korban ‘hatat ? Le Ramban offre la réponse la plus satisfaisante : “Cet homme commet un péché contre son âme lorsqu’il achève son mandat de nazir, parce qu’il s’abstient désormais de son niveau (élevé) de sainteté et de service à Dieu. (Ramban sur Bemidbar 6:14)

Le nazir a besoin d’une expiation pour revenir à la vie de tous les jours. En fait, le Ramban insiste sur le fait qu’un nazir devrait idéalement rester dans l’état exceptionnel de nezirout pendant toute sa vie. Être un nazir signifie vivre une vie de sainteté accrue et de service à Hachem.

Les restrictions imposées au nazir nous amènent naturellement à considérer une autre figure qui incarne à la fois la sainteté et le service divin, à savoir le kohen gadol – le grand prêtre.  Bemidbar Rabah (10:11) établit une comparaison entre ces deux figures. Tout comme un nazir ne peut pas boire de vin, les kohanim ne peuvent pas servir dans le Temple en état d’ébriété. Ni le nazir ni le kohen gadol ne peuvent contracter l’impureté rituelle au contact d’un cadavre, même celui d’un proche parent. Le nazir ne peut pas se couper les cheveux et le kohen gadol ne peut pas les laisser pousser à l’état sauvage.  En outre, la Torah décrit le nazir comme ayant un « nezer (couronne) de son Dieu sur sa tête » (Bemidbar 6:7), tandis que le kohen gadol a « le nezer (couronne) de l’huile d’onction de son Dieu sur lui » (Vayikra 21:12).

L’implication est que si seuls quelques privilégiés ont la possibilité d’imprégner leur vie de sainteté en servant comme kohen gadol, chaque juif a la capacité d’atteindre un niveau similaire en prononçant les vœux de naziréat.

D’un point de vue pratique, et par respect pour le Rambam, il n’est peut-être pas judicieux d’emprunter une voie aussi extrême que celle de la nazirout, mais la leçon inhérente à notre parasha sert néanmoins de guide pour améliorer notre vie religieuse. Chacun d’entre nous a la possibilité d’accroître la sainteté de sa vie et d’imprégner son service de Dieu d’une plus grande signification. Il n’est pas nécessaire d’être prêtre, grand érudit ou mystique pour atteindre ce niveau. Tout ce dont nous avons besoin, c’est de la pureté du cœur et de la volonté de nous rendre « saints pour Hachem ».