
Traduit par Rabbi Émile Ackermann
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La lecture de la parashat Ekev, chapitre 9, versets 4 à 6, me rappelle une blague juive.
Voici ce qu’elle dit : Le rabbin Goldberg, qui n’a jamais connu Jake, est l’officiant à son enterrement. « Le rabbin demande : « Quelqu’un pourrait-il, s’il vous plaît, dire quelque chose de gentil sur Jake ? Sa demande est accueillie par un silence. Il la répète et, une fois de plus, c’est le silence. Il réitère sa demande une troisième fois, implorant les personnes présentes. Finalement, un homme au fond de la chaire s’écrie : « Son frère était pire ».
Dans le pasouk daled, Moshé dit à Am Yisrael :
אַל-תֹּאמַ֣ר בַּהֲדֹ֣ף יְהֹוָה֩ אֱלֹהֶ֨יךָ אֹתָ֥ם ׀ מִלְּפָנֶ֘יךָ֮ לֵאמֹר֒ בְּצִדְקָתִי֙ הֱבִיאַ֣נִי יְהֹוָ֔ה לָרֶ֖שֶׁת אֶת-הָאָ֣רֶץ הַזֹּ֑את וּבְרִשְׁעַת֙ הַגּוֹיִ֣ם הָאֵ֔לֶּה יְהֹוָ֖ה מוֹרִישָׁ֥ם מִפָּנֶֽיךָ׃
Et quand l’Éternel, votre Dieu, les aura repoussées de votre chemin, ne vous dites pas : « L’Éternel nous a permis de posséder ce pays à cause de nos vertus » ; c’est plutôt à cause de la perversité de ces nations que l’Éternel les dépossède devant vous.
Les Israélites ne doivent pas penser qu’ils sont moralement supérieurs aux Cananéens et que c’est pour cette raison qu’ils ont le mérite de posséder le pays.
Pour éviter que le peuple juif ne se méprenne sur ce point, Moshé précise :
לֹ֣א בְצִדְקָתְךָ֗ וּבְיֹ֙שֶׁר֙ לְבָ֣בְךָ֔ אַתָּ֥ה בָ֖א לָרֶ֣שֶׁת אֶת-אַרְצָ֑םכִּ֞י בְּרִשְׁעַ֣ת ׀ הַגּוֹיִ֣ם הָאֵ֗לֶּה יְהֹוָ֤ה אֱלֹהֶ֙יךָ֙ מוֹרִישָׁ֣ם מִפָּנֶ֔יךָ וּלְמַ֜עַן הָקִ֣ים אֶת-הַדָּבָ֗ר אֲשֶׁ֨ר נִשְׁבַּ֤ע יְהֹוָה֙ לַאֲבֹתֶ֔יךָ לְאַבְרָהָ֥ם לְיִצְחָ֖ק וּֽלְיַעֲקֹֽב׃
Ce n’est pas à cause de vos vertus et de votre droiture que vous pourrez posséder leur pays, mais c’est à cause de leur perversité que l’Éternel votre Dieu dépossède ces nations devant vous, et afin d’accomplir le serment que l’Éternel a fait à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob.
Moshé répète ce fait important, voire décourageant, une troisième fois:
וְיָדַעְתָּ֗ כִּ֠י לֹ֤א בְצִדְקָֽתְךָ֙ יְהֹוָ֣ה אֱ֠לֹהֶ֠יךָ נֹתֵ֨ן לְךָ֜ אֶת-הָאָ֧רֶץ הַטּוֹבָ֛ה הַזֹּ֖את לְרִשְׁתָּ֑הּ כִּ֥י עַם-קְשֵׁה-עֹ֖רֶף אָֽתָּה׃
Sachez donc que ce n’est pas à cause d’une de vos qualités que l’Éternel, votre Dieu, vous donne ce bon pays à posséder, car vous êtes un peuple à la nuque raide.
Rachi affirme que les deux déclarations sont vraies : Am Yisrael n’était pas juste et les Cananéens étaient mauvais, et malgré leur manque de mérite moral, les Juifs sortiraient victorieux de leur conquête du pays, mais seulement parce que Dieu a fait un serment à leurs ancêtres. Le Ramban affirme que seule la Dor Hamidbar, la génération du désert, était injuste, en raison de ses nombreuses rébellions contre Dieu, et non Israël en général. « Il réprimande ici cette génération particulière qui s’est rebellée contre l’Éternel depuis le jour où elle était dans le désert.
Le Ramban cite Devarim 7:8 comme preuve de l’amour de Dieu pour les Bnei Yisrael :
כִּי֩ מֵאַֽהֲבַ֨ת יְהֹוָ֜ה אֶתְכֶ֗ם וּמִשמְר֤וֹ אֶת-הַשְּׁבֻעָה֙ אֲשֶׁ֤ר נִשְׁבַּע֙ לַאֲבֹ֣תֵיכֶ֔ם הוֹצִ֧יא יְהֹוָ֛ה אֶתְכֶ֖ם בְּיָ֣ד חֲזָקָ֑ה וַֽיִּפְדְּךָ֙ מִבֵּ֣ית עֲבָדִ֔ים מִיַּ֖ד פַּרְעֹ֥ה מֶֽלֶךְ-מִצְרָֽיִ
mais parce que le Seigneur t’a aimé, et parce qu’il a voulu tenir le serment qu’il avait fait à tes pères, le Seigneur t’a fait sortir à main forte, et il t’a racheté de la maison des esclaves, de la main de Par῾o, roi de Miżrayim.
Ainsi, d’une part, Dieu déclare son amour pour les Bnei Yisraël et, d’autre part, il leur reproche de manquer de droiture à un moment critique de leur histoire – alors qu’ils sont sur le point d’entrer dans la Terre promise et de risquer leur vie en combattant les Cananéens.
Pouvez-vous imaginer. Lehavdil, le général Dwight Eisenhower s’adressant aux troupes alliées sur le point de débarquer sur les plages de Normandie : « Pour votre gouverne, ce n’est pas grâce à votre supériorité morale que j’ai confiance en votre victoire, mais grâce à la perfidie morale des nazis ». Ce n’est pas vraiment un discours encourageant.
Cela aurait-il été si grave si les Bnei Yisrael avaient entamé les batailles de Canaan en pensant qu’ils étaient éthiquement supérieurs aux Cananéens et que leur héritage de la terre n’était pas seulement l’accomplissement d’une promesse divine faite à leurs ancêtres, mais qu’il était aussi moralement justifié ? Je pense que la réponse se trouve dans le pasuk 6 :
וְיָדַעְתָּ֗ כִּ֠י לֹ֤א בְצִדְקָֽתְךָ֙ יְהֹוָ֣ה אֱ֠לֹהֶ֠יךָ נֹתֵ֨ן לְךָ֜ אֶת-הָאָ֧רֶץ הַטּוֹבָ֛ה הַזֹּ֖את לְרִשְׁתָּ֑הּ כִּ֥י עַם-קְשֵׁה-עֹ֖רֶף אָֽתָּה
Sachez donc que ce n’est pas à cause de vos qualités que l’Éternel, votre Dieu, vous donne ce bon pays à posséder, car vous êtes un peuple à la nuque raide.
Que signifie exactement עַם-קְשֵׁה-עֹ֙רֶף֙ ?
La nuque raide signifie têtue, rebelle, peu disposée à admettre des erreurs de comportement, comme l’explique le Ramban dans Devarim 10:16 :
וּמַלְתֶּ֕ם אֵ֖ת ערְלַ֣ת לְבַבְכֶ֑ם וְערְפְּכֶ֔ם לֹ֥א תַקְשׁ֖וּ עֽוֹד׃
Coupez donc l’épaississement de vos cœurs et ne raidissez plus vos nuques.
Les personnes à la nuque raide n’acceptent pas les ordres de leurs supérieurs, pas même parfois ceux de Dieu, et certainement pas ceux des commandants au combat. Si les Israélites doivent l’emporter dans la bataille, c’est précisément ce défaut fatal qui doit être corrigé avant qu’ils n’entrent en Canaan et ne s’engagent dans la bataille. Moshé s’attaque à ce défaut de caractère persistant du peuple élu de Dieu en répétant dans trois phrases successives qu’ils ne doivent pas se considérer comme justes, car s’ils entrent dans Canaan en tant qu’armée trop sûre d’elle, moralisatrice et arrogante, ils sont voués à la défaite. Ce n’est qu’en obéissant aux ordres de leurs généraux et en respectant les lois de la Torah qu’ils sortiront victorieux et que la promesse de Dieu à leurs ancêtres se réalisera.





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