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La joie de donner

by Benji Zoller (Posted on August 27, 2024)
Topics: French, Re'eh, Sefer Devarim, Torah

Traduit par Rabbi Émile Ackermann

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Dans son livre pour enfants bien connu, The Giving Tree, Shel Silverstein raconte l’histoire d’un garçon qui aime un arbre, et d’un arbre qui aime un garçon. Dans sa jeunesse, le garçon jouait avec l’arbre, sans rien demander en retour, si ce n’est la compagnie d’un ami à l’ombre de ses branches. Mais au fil du temps, le garçon grandit et les deux compagnons s’éloignent l’un de l’autre.

De nombreuses années passent et le garçon revient vers l’arbre. » Viens, mon garçon, viens grimper au sommet de mon tronc… », supplie-t-iI. Mais le jeune garçon n’est plus un enfant et il ne veut plus jouer. Maintenant, en tant que jeune homme, il a des responsabilités et doit subvenir à ses besoins. Et l’arbre généreux ne demande qu’à l’aider. Ainsi, le garçon, devenu trop grand pour se balancer sur les branches de l’arbre, vient encore et encore prendre à l’arbre généreux. D’abord ses pommes, puis ses branches et enfin son tronc. « Et l’arbre était heureux », dit le refrain ; “…mais pas vraiment”.

Shel Silverstein n’a pas dit grand-chose sur son best-seller, se contentant de dire que « c’est juste une relation entre deux personnes ; l’une donne et l’autre prend ». Désormais, les enfants, qui ont été élevés pendant des décennies avec les mots de ce poète sage et excentrique, croient en un monde où ils ont le choix d’être un donneur ou un preneur.

Dieu, dans le Deutéronome, semble parler d’un monde très similaire.

אֶ֕פֶס כִּ֛י לֹ֥א יִֽהְיֶה-בְּךָ֖ אֶבְי֑וֹן כִּֽי-בָרֵ֤ךְ יְבָֽרֶכְךָ֙ ה’ בָּאָ֕רֶץ אֲשֶׁר֙ אֱ-לֹהֶ֔יךָ נֹֽתֵן-לְךָ֥ נַחֲלָ֖ה לְרִשְׁתָּֽהּ׃

Mais il n’y aura pas d’indigent parmi vous, car l’Éternel vous bénira dans le pays que l’Éternel, votre Dieu, s’apprête à vous donner pour que vous vous en empariez.
(Parshat Re’eh, Devarim 15:4)

Comme l’arbre, Dieu promet de fournir au peuple de Dieu tous ses besoins. En effet, le peuple de Dieu ne mourra pas de faim et ne sera pas démuni. Au contraire, comme le garçon, tous ses besoins seront satisfaits.

Cependant, la Torah poursuit ,

כִּֽי-יִהְיֶה֩ בְךָ֨ אֶבְי֜וֹן מֵאַחַ֤ד אַחֶ֙יךָ֙ בְּאַחַ֣ד שְׁעָרֶ֔יךָ בְּאַ֨רְצְךָ֔ אֲשֶׁר-ה’ אֱ-לֹהֶ֖יךָ נֹתֵ֣ן לָ֑ךְ לֹ֧א תְאַמֵּ֣ץ אֶת-לְבָבְךָ֗ וְלֹ֤א תִקְפֹּץ֙ אֶת-יָ֣דְךָ֔ מֵאָחִ֖יךָ הָאֶבְיֽוֹן׃… נָת֤וֹן תִּתֵּן֙ ל֔וֹ וְלֹא-יֵרַ֥ע לְבָבְךָ֖ בְּתִתְּךָ֣ ל֑וֹכִּ֞י בִּגְלַ֣ל ׀ הַדָּבָ֣ר הַזֶּ֗ה יְבָרֶכְךָ֙ ה’ אֱ-לֹהֶ֔יךָ בְּכל-מַעֲשֶׂ֔ךָ וּבְכֹ֖ל מִשְׁלַ֥ח יָדֶֽךָ׃ כִּ֛י לֹא-יֶחְדַּ֥ל אֶבְי֖וֹן מִקֶּ֣רֶב הָאָ֑רֶץ עַל-כֵּ֞ן אָנֹכִ֤י מְצַוְּךָ֙ לֵאמֹ֔ר פָּ֠תֹ֠חַ תִּפְתַּ֨ח אֶת-יָדְךָ֜ לְאָחִ֧יךָ לַעֲנִיֶּ֛ךָ וּלְאֶבְיֹנְךָ֖ בְּאַרְצֶֽךָ׃

S’il y a parmi vous un indigent, de l’un de vos frères, à l’une de vos portes, dans le pays que le Seigneur votre Dieu s’apprête à vous donner, vous n’endurcirez pas votre cœur et vous ne serrerez pas votre main contre votre frère l’indigent… Vous lui donnerez, et votre cœur ne sera pas méchant quand vous lui donnerez, car, grâce à cela, le Seigneur votre Dieu vous bénira dans toutes vos actions et dans tout ce qu’atteindra votre main. Car l’indigent ne disparaîtra pas du milieu du pays. C’est pourquoi je te dis : Tu ouvriras ta main à ton frère, à ton pauvre et à ton indigent, dans ton pays.
(Devarim 15:7, 10-11)

Alors que, dans un premier temps, Dieu garantit l’abondance pour tous, quelques versets plus loin, il précise qu’il y aura effectivement des personnes dans le besoin. Cette contradiction évidente met en évidence la société que la Torah souhaite créer. Alors que Dieu sera celui qui donne et que le peuple sera celui qui prend, tout le monde n’aura pas la même chance – alors que certains prospéreront, d’autres souffriront malheureusement. C’est à ce moment précis que le preneur est chargé de la responsabilité de devenir le donneur.

Contrairement à l’arbre du don, le monde est bien plus complexe que les donneurs et les preneurs. L’arbre, bien que gentil, ne connaît pas la véritable signification du don. Donner ne signifie pas se sacrifier pour un autre ; donner signifie transmettre la bonté.

Dieu ne se contente pas de bénir les gens en leur donnant de la nourriture, il les bénit en leur donnant des responsabilités. Il est facile de prendre, de recevoir des richesses et d’en faire ce que l’on veut. Il est beaucoup plus difficile d’apprendre à donner, à partager les bénédictions avec les autres d’une manière saine et pleine d’amour.

Commentant un verset précédent de la parasha de cette semaine, l’Amora Rabbi Hama, fils de Rabbi Hanina, demande ce que la Torah enseigne lorsqu’elle dit : « אַחֲרֵ֨י ה’ אֱ-לֹהֵיכֶ֛ם תֵּלֵ֖כוּ » « Tu marcheras dans les voies de l’Éternel, ton Dieu » (Devarim 13, 5) ? Le sens, enseigne-t-il, est qu’il faut imiter les attributs de Dieu (Talmud Bavli Sota 14a).

Tout comme Dieu nous donne, nous devons donner aux autres. Reconnaître ces bénédictions et apprendre à les partager avec le reste du monde est notre responsabilité divine. En effet, nous ne rencontrons pas le Divin dans le seul fait d’accepter les bénédictions de Dieu, nous rencontrons Dieu en partageant ces bénédictions avec les autres.

Puissions-nous apprendre à voir et à accepter les bénédictions de Dieu tout autour de nous, et mériter de marcher dans les voies de Dieu en donnant.

Et puissions-nous être heureux.