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Parlez à nos cœurs

by Rabbi Chai Posner (Posted on August 15, 2024)
Topics: French, Sefer Devarim, Torah, Va'Etchanan

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Traduit par Rabbi Émile Ackermann

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C’est l’un des moments les plus tristes, et en même temps l’un des plus réconfortants, de la Torah. À la toute fin du livre de Bereishit, les frères de Yossef craignent que, Yaakov ayant disparu, Yossef ne saisisse enfin l’occasion de se venger d’eux pour tout ce qu’ils lui ont fait subir. Les frères proclament :

לוּ יִשְׂטְמֵנוּ יוֹסֵף וְהָשֵׁב יָשִׁיב לָנוּ אֵת כָּל-הָרָעָה אֲשֶׁר גָּמַלְנוּ אֹתוֹ

Et si Yosef nous en voulait encore et nous faisait payer tout le mal que nous lui avons fait ?

Ils s’adressent donc à Yossef et lui disent qu’avant de mourir, Yaakov leur a dit :

כֹּה-תֹאמְרוּ לְיוֹסֵף אָנָּא שָׂא נָא פֶּשַׁע אַחֶיךָ וְחַטָּאתָם כִּי-רָעָה גְמָלוּךָ

Tu diras donc à Yossef : “Pardonne, je te prie, l’offense et la faute de tes frères qui t’ont traité si durement…”.

Rachi cite le midrash et la guemara, qui affirment tous deux que Yaakov n’a jamais réellement dit cela, mais nous apprenons : מוּתָּר לוֹ לָאָדָם לְשַׁנּוֹת בִּדְבַר הַשָּׁלוֹם – il est permis à une personne de s’écarter de la vérité pour apporter la paix. La conversation inventée par les frères avec Yaakov montre à quel point ils étaient préoccupés par leur propre bien-être. Il est triste de constater que même après tout ce temps, ils avaient toujours peur de leur propre frère. Ils croyaient toujours que la paix qu’il avait conclue avec eux était une paix froide. Ils pensaient toujours qu’il n’attendait qu’une occasion de se venger d’eux pour ce qu’ils lui avaient fait subir des années auparavant. C’est ce qui est triste.

La partie la plus réconfortante est la réponse de Yosef :

וַיֵּבְךְּ יוֹסֵף בְּדַבְּרָם אֵלָיו

Yossef pleurait pendant qu’ils lui parlaient.

Yossef poursuit en assurant à ses frères qu’il n’a aucune mauvaise intention à leur égard. “Ne craignez rien, car je suis à la place de Dieu… Vous avez conçu du mal contre moi, mais Dieu en a fait du bien.”  Yossef avait tenu des propos similaires à ses frères des années auparavant, lorsqu’il avait révélé pour la première fois qui il était, mais il n’avait manifestement pas réussi à les convaincre qu’il était sincère. En était-il autrement aujourd’hui ? La Torah nous le dit clairement :

וַיְנַחֵם אוֹתָם וַיְדַבֵּר עַל-לִבָּם

Il les a réconfortés et a parlé à leur cœur.

Yossef a réconforté ses frères. Cette fois, ils croient que Yossef leur pardonne sincèrement. Il a réussi à toucher leur cœur et à leur apporter un véritable réconfort. Ce moment est celui de la véritable réconciliation et de la guérison. C’est un moment de proximité et d’amour, de retrouvailles et de réconfort. Et ce moment est souligné dans le midrash et répété chaque année lors de ce Chabbat de réconfort, le Chabbat Nachamu.

נַחֲמוּ נַחֲמוּ עַמִּי

Réconforte, oh réconforte mon peuple

דַּבְּרוּ עַל-לֵב יְרוּשָׁלִַם

Parlez au cœur de Jérusalem

Le Midrash (Bereishit Rabba 100:9) a remarqué les thèmes similaires que l’on peut trouver dans cette Haftorah et dans l’histoire de Yosef ; les thèmes de l’offre de réconfort et de la parole au cœur. Le Midrash commente :

וַיְדַבֵּר עַל לִבָּם…וַיְנַחֵם אוֹתָם. וַהֲרֵי דְבָרִים קַל וָחֹמֶר וּמַה יּוֹסֵף שֶׁדִּבֵּר דְּבָרִים רַכִּים עַל לִבָּן שֶׁל שְׁבָטִים כָּךְ נִחֲמוֹ, לִכְשֶׁיָּבוֹא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְנַחֵם אֶת יְרוּשָׁלַיִם עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה, הֲדָא הוּא דִכְתִיב (ישעיה מ, א) : נַחֲמוּ נַחֲמוּ עַמִּי וגו’.

“Il (Yossef) a parlé à leur cœur” … “Il les a réconfortés”.  On peut en déduire a fortiori : si Yossef, qui a adressé des paroles douces au cœur des tribus, a pu les réconforter ainsi, lorsque le Saint béni soit-Il viendra réconforter Jérusalem, à plus forte raison le fera-t-il. C’est ce qui est écrit : “Réconforte, réconforte Mon peuple…”

De même que Yossef a réconforté ses frères en parlant à leur cœur, de même Dieu réconforte Jérusalem en parlant à son cœur. Si Yossef a pu réconforter ses frères, combien plus Dieu doit-il être capable de réconforter Jérusalem. Si Yossef a pu pardonner à ses frères, combien plus Dieu doit-il avoir la capacité de nous pardonner. Jérusalem est le cœur du peuple juif et lorsque Dieu s’adresse à elle, il s’adresse aussi à nous.

Dieu nous parle en ce shabbat et nous offre des paroles de réconfort et de consolation. Imaginons Yossef convainquant gentiment et tendrement ses frères que le temps de la réconciliation est venu. Il est temps d’aller de l’avant avec amour et cohésion. Dieu offre à Jérusalem, Dieu nous offre, en ce shabbat, ces mêmes paroles. Que nos cœurs soient ouverts à l’écoute des paroles de Dieu et que Am Yisrael, Jérusalem et Eretz Yisrael trouvent vraiment la nehama en ce Chabbat.