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Traduit par Rabbi Émile Ackermann
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Choc, horreur et profonde tristesse : Telle est la première réaction que la plupart d’entre nous auront probablement en étudiant la portion de la Torah de cette semaine ou en l’entendant lire à la shul.
Il se passe beaucoup de choses dans la lecture de la Torah de cette semaine, mais une grande partie est occupée par ce que l’on appelle traditionnellement la tochacha, le récit par Moshé des punitions sévères que Dieu promet d’infliger à la nation juive si elle n’adhère pas correctement aux lois et aux commandements de Dieu.
Elle est dure et implacable.
La section de la tochacha compte 51 (!) versets. Dans ces versets, nous sommes menacés de toutes les formes de mort, de tragédie et de calamité ; des choses terribles qui nous arriveront à nous-mêmes, à nos biens et à nos familles. De manière impressionnante, ces versets se lisent comme les mots d’une personne remplie de rage, crachant une spirale de malédictions. Ils se déroulent comme suit : Tout d’abord, on nous dit qu’il va nous arriver quelque chose de terrible. Quelques versets plus loin, on nous dit : « Peu importe » – ce qui vient d’être mentionné est trop banal, et ce sera en fait bien pire que cela. Et puis, encore bien pire que CELA… Et ainsi de suite pendant plusieurs tours.
Ce n’est cependant pas la seule fois qu’une série de versets sévères comme ceux-ci apparaît dans la Torah. Cela se produit une fois auparavant dans la Parshat Bechukotai, la dernière parasha du Sefer Vayikra. Là aussi, nous sommes informés des conséquences brutales du refus de se soumettre à la volonté de Dieu.
Il est toutefois important de noter que Si, d’une manière générale, les deux tochachot – dans Bechukotai et dans la parashade cette semaine – sontsimilaires, elles ne sont pas exactement comparables. Leur essence est la même, mais les détails diffèrent de manière significative de trois manières différentes.
- La tochacha de Bechukotai est beaucoup plus courte que celle de la paracha de cette semaine. (C’est significatif. La tochacha deBechukotaine compte que 24 versets, alors que celle de la paracha de cette semaine en compte plus du double).
- Une comparaison minutieuse montre que la tochacha de Bechukotaiest beaucoup plus douce que la nôtre. Les châtiments mentionnés cette semaine comportent un élément de rage et de vindicte que l’on ne perçoit pas dans la version précédente.
- Enfin, et c’est le plus important, la tochacha de Bechukotai se termine par une coda édifiante, alors que celle de cette semaine n’a rien de tout cela.
De manière presque contre-intuitive, dans Bechukotai, à la fin de la litanie des punitions, Dieu conclut avec les mots réconfortants suivants : « Je me souviendrai de mon alliance avec Jacob, de mon alliance avec Isaac et de mon alliance avec Abraham, et je me souviendrai du pays… Mais même alors, lorsqu’ils seront dans le pays de leurs ennemis, je ne les rejetterai pas, je ne les repousserai pas au point de les détruire et d’annuler mon alliance avec eux, car c’est moi, Hachem, qui suis leur Dieu ».
La version de cette semaine n’a pas cette conclusion rassurante. Elle se termine abruptement : Cinquante et un versets de menaces glaçantes et… c’est tout. La Torah passe alors à autre chose. Et c’est tout.
Prises ensemble, ces différences illustrent comment la tochacha deutéronomique de cette semaine est une articulation beaucoup plus sévère de ces mêmes admonestations dans Vayikra.
Ces différences ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont là pour une raison et sont porteuses d’une leçon puissante et complexe, éclairée par une distinction extrêmement importante entre notre livre actuel, le Sefer Devarim, et les quatre autres livres de la Bible.
Bien que nous croyions que les cinq livres sont dvar HaShem, la parole de Dieu, il y a une différence entre Devarim et les quatre autres livres.
Dans les quatre premiers livres, Dieu parle de sa propre voix : Dieu a parlé et Moïse a enregistré les mots que Dieu lui a dictés. Cependant, dans Devarim, Dieu parle avec la voix de Moïse. C’est toujours Dieu qui parle, mais ici, Dieu dicte mot pour mot à Moïse la manière exacte de décrire sa propre expérience des quarante années précédentes : comment Moïse a vécu les événements et comment il a perçu ce que Dieu a dit.
Dans Bechukotai, nous rencontrons donc la tochacha telle qu’elle a été dite, alors que dans la portion de la Torah de cette semaine, nous lisons la façon dont Moïse l’a entendue.
C’est ce qui explique les différences mentionnées ci-dessus.
Comme nous le savons, très souvent, lorsque deux entités sont en conversation, il peut y avoir un écart important entre ce que l’orateur voulait dire et ce que l’auditeur a perçu.
C’est peut-être ce à quoi nous assistons ici. Il y a un écart entre ce que Dieu a réellement dit et la façon dont Moïse l’a reçu. Ce que Moïse a entendu est beaucoup plus dur que ce que Dieu a réellement dit.
Il y a cependant quelque chose d’unique ici.
Normalement, lorsque cela se produit, l’orateur essaie de corriger les malentendus de l’auditeur. Dans notre cas, l’orateur les accepte et, de plus, offre l’imprimatur de Dieu sur la perception qu’a Moshé de ce qui a été dit. Dans Devarim, Dieu dicte la tochacha avec des mots qui appartiennent à Moshé, sachant que ce que Moshé a entendu était beaucoup plus sévère que ce que Dieu avait dit à l’origine.
Cela suggère une idée assez fascinante.
Bien sûr, nous dépendons de prophètes et d’intermédiaires pour nous transmettre les messages de Dieu, mais les deux versions de la tochacha conservées dans la Torah nous font prendre conscience que quelque chose arrive aux paroles de Dieu lorsqu’elles sont filtrées par la perception personnelle d’un être humain. Ils peuvent finir par être perçus de manière imprécise, les détails étant exagérés ou atténués.
Par conséquent, chaque fois que cela est possible, nous devrions nous efforcer de rencontrer la parole divine directement, sans passer par des intermédiaires, des messagers ou peut-être même des traducteurs ( !). L’écoute d’un intermédiaire obscurcira inévitablement le message, à un degré ou à un autre.





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